DEGAS
Edgar (Hilaire Germain Edgar de GAS dit)
Peintre, pastelliste, lithographe, graveur et sculpteur.
Paris 19 juillet 1834 - Montmartre 26 septembre 1917.
Petit-fils d’Hilaire René de Gas, financier napolitain,
et fils d’Auguste de Gas, banquier à Paris Edgar de Gas,
issu d’une ancienne famille de la noblesse, signera Degas à
partir de 1870, pour ne pas gêner ses proches, étant
le premier de la lignée à “travailler”.
Son père et sa mère, née Musson, native de La
Nouvelle Orléans, élirent domicile rue Saint-Georges,
dans les premières années du règne de Louis-Philippe
; la famille était très liée avec le milieu artistique.
Après des études studieuses au lycée Louis-le-Grand,
puis des études de Droit, vite abandonnées, Edgar Degas,
qui avait fréquenté l’atelier du peintre Barrias,
entra dans celui du modeste peintre Louis Lamothe, sur les conseils
de Ingres, un familier du salon de Mme de Valpinçon, amie de
la famille. Après un bref passage aux Beaux-Arts en 1855, il
complètera son éducation artistique par la fréquentation
des musées, et surtout du Louvre où il s’inscrivit
comme copiste, et du cabinet des Estampes. L’Italie, où
il ira plusieurs fois, jouera aussi un grand rôle dans sa formation,
c’est là qu’il réalisa ses premiers portraits.
A Florence, il rencontra les Macchiaioli au café Michelangelo,
qui ne manqueront pas de l’influencer, et avec lesquels il restera
en contact amical.
Admirateur de Gustave Moreau, ils allaient ensemble au café
de la rue de La Rochefoucauld. On le voyait aussi chez la mère
Lefebvre, rue de La Tour d’Auvergne, où il rencontrait
d’autres artistes. C’est également à cette
époque qu’il se lia avec Manet, d’une amitié
qui traversera des orages mais qui ne se démentira pas.
Au début des années 60, apparurent les premiers sujets
contemporains, il se dirigea nettement vers le réalisme, encouragé
par la fréquentation de Zola et de Duranty, au café
Guerbois. Il s’intéressa aux courses, aux jockeys, au
théâtre, aux actrices, et à l’art oriental.
Il exposa au Salon, en 1865 et après, sans grand succès.
Il fit la guerre de 1870 avec Henri Rouart, avec lequel il sera ami
jusqu’à la mort de celui-ci en 1912. C’est à
cette époque qu’il a commencé à souffrir
de troubles visuels qui iront en s’aggravant.
Degas s’était beaucoup employé pour l’organisation
de la Ière exposition impressionniste de 1874 ; il participa
à la seconde ainsi qu’à toutes les suivantes.
Degas exposa ses théories sur l’art au café de
la Nouvelle Athènes que Duranty fera paraître dans sa
brochure “la Nouvelle peinture”. Il n’a peint que
dans son atelier, à cause de ses yeux. Vers 1877, lui qui n’eut
jusqu’alors aucun problème financier, sera dans l’obligation
de vendre ses propres tableaux, la famille étant au bord de
la banqueroute. Il dut revendre la maison qu’il venait d’acquérir
avenue Frochot.
Il n’a guère quitté Montmartre où il trouvait
ses modèles parmi les blanchisseuses, les repasseuses, si nombreuses
sur la Butte, les modistes, les lorettes, et les filles de joie au
triste visage de la rue Bréda. C’est à la terrasse
de la Nouvelle Athènes qu’il peignit “l’Absinthe”,
avec l’actrice Ellen André et le peintre Marcellin Desboutin
comme modèles. Signalons “la Danseuse de quatorze ans“,
une sculpture modelée au 19 bis, rue Fontaine. Dans la “Loge”
(1882-1883) Degas, au pastel, montra les petits rats de l’Opéra
vus d’une loge, l’angle de vision définissant une
position privilégiée, celle du rang social, mais aussi
celle de celui qui regarde l’œuvre. Degas avait pris une
trapéziste comme modèle pour le tableau “Miss
Lala au cirque Fernando” (1879, National Gallery, Londres) présenté
à l’exposition des Impressionnistes en 1879.
Chez les Dihau, liés à la famille Lautrec, Degas fit
connaissance de Toulouse-Lautrec ; c’est Dihau, en tant que
musicien qui l’introduisit à l’Opéra. Dans
“l’Orchestre de l’Opéra”(1869, Musée
d’Orsay) Degas a représenté Désiré
Dihau jouant du basson ; il a aussi fait le portrait de sa fille au
piano (Musée d’Orsay). Degas avait lancé au jeune
artiste “ça, Lautrec, on voit que vous êtes du
bâtiment” (Journal des Goncourt). La critique disait souvent
que Lautrec avait subi l’influence de Degas, ce qui n’était
pas faux. D’ailleurs Lautrec disait l’admirer ainsi que
Forain. Focillon écrivait que les deux peintres étaient
cousins germains “dans une vaste entreprise de mise à
nu de l’humanité qu’ils pratiquaient sous le couvert
de la peinture, de la gravure et du dessin”. Ensemble ils exposèrent
à Knightsbridge, à Londres, en mai 1899, avec Manet
et Rodin. Lautrec s’était souvent inspiré des
œuvres du vieux maître, comme dans la lithographie “Aux
Ambassadeurs, chanteuse au café concert” (1894), d’après
un pastel sur eau-forte “Au café des Ambassadeurs”
(1885). D’une façon générale le cadrage
des œuvres de Lautrec devait beaucoup à ceux du peintre
impressionniste. Confer le pastel de Degas “la Loge” de
1880.
Après 1890, Degas se montrait rarement, il était “bien
inabordable”. Peintre naturaliste, caustique et parfois féroce
dans son observation des filles du peuple et des jeunes danseuses,
on disait dans les milieux artistiques progressistes que tout ce qui
concernait les ballerines était à Degas. Vers la fin
des années 1870, il réalisa un ensemble de monotypes
montrant l’intérieur des lupanars. Degas présentait
les prostituées comme un “type” vénal et
vulgaire et non en tant qu’individu. Il les a représentées
dans toutes les situations, dans les tâches domestiques, au
travail, ou bien faisant la queue avant la visite médicale.
Au printemps 1886, Degas exposa une série de nus au pastel
avec les Impressionnistes (8e exposition), et deux ans plus tard à
la galerie Boussod et Valadon, dirigée par Théo van
Gogh. Il se montra aussi d’une grande virtuosité dans
la célébration des courses hippiques, ou des chevaux
à l’arrêt, ou en promenade. Parmi les scènes
de genre, citons tout spécialement les modistes, sujet cher
aux peintres de cette fin de siècle, et les femmes au bain
ou au tub.
Le maître est mort à Montmartre d’une congestion
cérébrale, devenu quasiment aveugle. Il laissait une
collection importante de tableaux résultant des échanges
et des nombreux achats qu’il avait réalisé lorsque
le succès était venu. Elle comprenait des œuvres
de Delacroix, Ingres, Corot, Manet, Forain, Renoir, Berthe Morisot,
Pissarro, Cézanne, Gauguin ; ainsi que quelques milliers d’estampes
de Daumier, de Gavarni, des impressionnistes et des japonais. Cette
collection sera dispersée après sa mort en quatre ventes,
tout au long de l’année 1918.
Œuvre graphique. Composée de quarante-sept eaux-fortes,
aquatintes, vernis mous, et pointes sèches, près de
cinquante “crayons électriques” (1856-1892), une
vingtaine de lithographies (1861-1891), et plus de deux cents monotypes
(1874-1893).
Premier atelier au 37, rue de Laval (de nos jours rue Victor Massé)
jusqu’en 1912. Cependant entre 1879 et 1891, il est le voisin
de Lautrec au 19 bis, rue Fontaine, dans un pavillon. Ensuite au 23,
rue Ballu (au 18 selon André de Fouquières), rue Blanche,
rue Lepic, puis au 22 rue Pigalle. En 1912, son immeuble devant être
démoli, il s’installe au 6, boulevard de Clichy où
il mourut. Inhumé au cimetière de Montmartre.
© André Roussard - Dictionnaire des Peintres à
Montmartre.